Les trois grandes familles de tuiles

Trois familles couvrent l'essentiel du parc français, et chacune a son propre document technique de référence. La tuile canal, demi-cône posé en deux rangées superposées, relève du NF DTU 40.22. La tuile à emboîtement — la « mécanique » — s'assemble par un système de rainures et relève du NF DTU 40.21 (grand moule) ou du NF DTU 40.211 (pureau plat, petit moule). La tuile plate, simple plaque posée en fort recouvrement, relève du NF DTU 40.23. Les mêmes formes existent en béton, sous d'autres DTU encore.

La tuile canal ne s'accroche à rien : elle repose. Une rangée de tuiles de courant, creux vers le haut, conduit l'eau ; une rangée de tuiles de couvert, retournée par-dessus, ferme les joints. Aucun emboîtement, aucun joint collé — l'étanchéité vient de la géométrie et du recouvrement, ce qui explique à la fois sa souplesse (elle épouse des murs qui ne sont pas d'équerre) et sa sensibilité au vent, sur laquelle nous revenons plus bas.

La tuile à emboîtement est une invention datée : les frères Gilardoni, installés à Altkirch en Alsace, en déposent le brevet le 25 mars 1841. Le principe est d'assembler les tuiles latéralement et de réduire leur recouvrement, ce qui dégage un grand pureau — la partie visible — et fait chuter le nombre de tuiles au m². C'est la famille la plus répandue aujourd'hui, et elle se décline en versions fortement galbées qui imitent l'aspect de la canal tout en gardant l'emboîtement.

La tuile plate, elle, ne tient que par la superposition : chaque rang recouvre les deux rangs inférieurs, d'où un nombre de tuiles considérable et une pente très forte. C'est la tuile du nord, de l'est et du Val de Loire — pas celle du Midi. Nous y revenons dans la section sur la pente, parce que c'est là que la différence devient une contrainte de charpente et non un choix esthétique.

Famille de tuile, NF DTU applicable et version en vigueur
FamilleNF DTUIndiceVersion
Tuile canal de terre cuiteNF DTU 40.22NF P 31-202mai 1993
Tuile terre cuite à emboîtement ou à glissement à relief (grand moule)NF DTU 40.21NF P 31-202-118 octobre 2013
Tuile terre cuite à emboîtement à pureau plat (petit moule)NF DTU 40.211NF P 31-203révisé
Tuile plate de terre cuiteNF DTU 40.23NF P 31-204-1septembre 1996
Tuile béton à glissement et emboîtement longitudinalNF DTU 40.24mars 2023
Écrans souples de sous-toitureNF DTU 40.2928 novembre 2015

Ces six documents partagent le même domaine d'application : France métropolitaine, climat de plaine (altitude inférieure ou égale à 900 m), bâtiments à hygrométrie faible ou moyenne, versants plans. Au-delà — montagne, outre-mer, toiture courbe —, on sort du domaine traditionnel, et l'ouvrage relève alors d'un avis technique et non plus du DTU seul.

Terre cuite ou béton ? Ce ne sont pas deux qualités d'un même produit, mais deux matériaux régis par deux normes européennes distinctes : la terre cuite par la NF EN 1304, le béton par la NF EN 490. Côté terre cuite, la marque volontaire NF Tuiles de terre cuite (NF 063) (nouvel onglet) atteste, au-delà du marquage CE, d'un niveau de contrôle supérieur aux exigences de la norme — aspect, géométrie, résistance mécanique, imperméabilité, gélivité. La bonne question à poser au fournisseur n'est donc pas « c'est de la bonne tuile ? » mais « quelle norme, quelle certification, et quelle fiche technique ? ».

Pente, recouvrement, fixation : ce que chaque NF DTU impose

La pente minimale est le vrai critère de choix, et elle n'est pas la même d'une famille à l'autre. Pour la tuile canal comme pour l'emboîtement grand moule, elle va de 24 % à 35 %. Pour la tuile plate de terre cuite, de 70 % à 125 % — trois à cinq fois plus. Ce n'est pas une fourchette de confort : en dessous du minimum applicable à votre toit, la couverture sort du domaine du DTU, et avec elle la présomption de conformité qui va avec.

Pourquoi une fourchette et non un chiffre unique ? Parce que le minimum dépend de deux paramètres. D'abord la zone climatique de concomitance vent/pluie (zones 1, 2 et 3), qui décrit la probabilité qu'il pleuve et qu'il vente en même temps — c'est cette simultanéité qui pousse l'eau sous les tuiles. Ensuite la situation du bâtiment : protégée (fond de vallon, cœur de village), normale, ou exposée (crête, plaine ouverte, bord de mer). Une maison en zone 1 et situation protégée bénéficie du minimum le plus bas ; la même tuile sur une crête en zone 3 exige la pente haute de la fourchette. La longueur du rampant compte aussi : plus l'eau descend loin, plus elle a d'occasions d'entrer.

Pente minimale admissible, par famille de tuile

De la zone 1 en situation protégée à la zone 3 en situation exposée — NF DTU série 40.2

La tuile canal et la tuile à emboîtement grand moule demandent la même pente minimale, de 24 % en zone 1 et situation protégée à 35 % en zone 3 et situation exposée. La tuile plate de terre cuite en réclame trois à cinq fois plus : de 70 à 125 %. C'est cette différence qui interdit de changer de famille de tuile sans revoir la charpente.060120180%Canal — NF DTU 40.2224–35 %Emboîtement grand moule — NF DTU 40.2124–35 %Plate de terre cuite — NF DTU 40.2370–125 %
Fourchette de la pente minimale admissible par famille de tuile : borne basse en zone 1 et situation protégée, borne haute en zone 3 et situation exposée (zones de concomitance vent/pluie), pour des rampants de projection horizontale limitée — 12 m pour la canal et l'emboîtement, 8 m pour la plate. Source : CSTB / AFNOR, NF DTU 40.22, NF DTU 40.21, NF DTU 40.23 (série 40.2), relevé le 06/08/2026. Les textes complets sont payants — d'où une fourchette, jamais un tableau du DTU recopié. La tuile béton (NF DTU 40.24, mars 2023) n'est pas tracée : seul son plancher est public (25 % sous condition d'écran de sous-toiture), pas sa borne haute. Consulter les données (nouvel onglet)
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Pente minimale admissible, par famille de tuile. De la zone 1 en situation protégée à la zone 3 en situation exposée — NF DTU série 40.2
Famille de tuileNF DTUPente minimale admissibleRampant maximal
Tuile canal de terre cuiteNF DTU 40.2224 à 35 %12 m
Tuile de terre cuite à emboîtement ou à glissement à relief (grand moule)NF DTU 40.2124 à 35 %12 m
Tuile plate de terre cuiteNF DTU 40.2370 à 125 %8 m

Le tableau récapitulatif qui suit ajoute aux trois familles du graphique une quatrième, absente de celui-ci faute de fourchette publique : la tuile béton. Elle a bougé récemment : le NF DTU 40.24, publié en mars 2023, remplace la version de mai 1993 et introduit, comme le note l'Agence Qualité Construction (nouvel onglet), une clarification des pentes. Il devient possible de descendre à 25 % à condition de poser un écran de sous-toiture et de respecter un recouvrement de 7,5 à 12,5 cm.

Pente minimale admissible, longueur de rampant et recouvrement par famille de tuile, selon les NF DTU de la série 40.2
FamilleNF DTUPente minimale admissibleRampant maximalRecouvrement
Tuile canal terre cuite40.2224 à 35 %12 m14 à 17 cm
Tuile à emboîtement grand moule40.2124 à 35 %12 mselon le modèle et la zone
Tuile plate terre cuite40.2370 à 125 %8 m7, 8 ou 9 cm selon la zone
Tuile béton à emboîtement40.24 (2023)à partir de 25 % avec écran12 m7,5 à 12,5 cm

Deuxième contrainte, moins connue que la pente et pourtant décisive chez nous : la fixation. Le NF DTU 40.22 pose une règle simple à retenir — seules les tuiles de partie courante d'une couverture dont la pente ne dépasse pas 30 % peuvent se passer de fixation. Tout le reste se fixe : les rives, l'égout, le faîtage, systématiquement, et l'ensemble du versant dès que la pente monte ou que le site est venté. Les moyens varient (crochets, clouage, scellement au mortier bâtard, panneaux sous tuiles), mais le principe ne varie pas.

Une précision de méthode, parce qu'elle explique la forme de ce guide : les textes NF DTU sont des documents payants, diffusés par le CSTB (nouvel onglet) et l'AFNOR. Nous citons donc les fourchettes — celles qui sont confirmées par plusieurs sources techniques indépendantes — et jamais les tableaux du DTU cellule par cellule. Pour connaître la valeur exacte applicable à votre toit, il faut croiser votre zone, votre situation et la longueur de vos rampants : c'est précisément ce qu'un couvreur fait avant de chiffrer.

Pourquoi la Provence couvre en tuile canal

Parce que la tuile canal accepte les faibles pentes, et que la faible pente est la meilleure réponse au mistral : moins un toit offre de prise au vent, moins le vent a de chances de le soulever. Les documents patrimoniaux régionaux le disent sans détour. La Ville d'Arles, dans sa fiche consacrée aux toitures en tuiles canal (nouvel onglet), la décrit comme « la tuile traditionnelle par excellence en Provence, utilisée au moins depuis l'époque médiévale », qui « donne à la toiture sa faible pente caractéristique » et se trouve « extrêmement bien adaptée au climat méditerranéen et à l'architecture locale ».

L'Atlas des paysages des Alpes-de-Haute-Provence, publié par les services de l'État en région (DREAL Provence-Alpes-Côte d'Azur), chiffre la chose pour l'habitat provençal : « Les toitures à faible pente (de 27 à 33 %) sont couvertes de tuiles canal, bordées de génoises pour lutter contre les assauts du mistral. » Retenez la fourchette — 27 à 33 % — et comparez-la au graphique de la section précédente : elle tombe pile dans le domaine du NF DTU 40.22, et très loin sous le minimum d'une tuile plate. Le même document rappelle que ces maisons étaient conçues « avec de petites ouvertures, des arbres en façade et des pierres sur le toit pour empêcher le mistral de soulever les tuiles ». Les pierres ont disparu ; le problème, lui, est resté.

Car le mistral n'est pas une anecdote de carte postale. À Salon-de-Provence, station Météo-France de référence pour notre secteur, on relève en moyenne 95 jours de rafales d'au moins 58 km/h par an — près d'un jour sur quatre, et sans véritable saison creuse : le mois le plus calme en compte encore près de six.

Jours de vent fort, mois par mois

Rafales ≥ 58 km/h à Salon-de-Provence, normale 1991-2020 — Météo-France

Environ 95 jours par an avec des rafales d'au moins 58 km/h, soit près d'un jour sur quatre — un vent qui peut déplacer une tuile toute l'année.0510joursJFMAMJJASOND
Nombre moyen de jours de rafales ≥ 58 km/h par mois à Salon-de-Provence (normale 1991-2020). Source : Météo-France, Données climatologiques de base — mensuelles, poste 13103001, variable NBJFF16 (Licence Ouverte) — données consultées le 13/07/2026. Consulter les données (nouvel onglet)
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Jours de vent fort, mois par mois. Rafales ≥ 58 km/h à Salon-de-Provence, normale 1991-2020 — Météo-France
MoisJours de rafales ≥ 58 km/h
Janvier9,6
Février10
Mars10,2
Avril8,7
Mai7,2
Juin6,3
Juillet6,7
Août5,7
Septembre6,7
Octobre7
Novembre8,4
Décembre9
Année≈ 95

D'où des gestes qui, en Provence, ne sont pas des options. La génoise — ces deux à cinq rangs de tuiles canal débordantes en couronnement de façade — n'est pas seulement décorative : la fiche d'Arles note qu'on peut « bâtir » la tuile, c'est-à-dire la sceller, « afin qu'elle résiste mieux aux assauts du mistral ». Les tuiles à tenons (ou à talons) permettent un accrochage mécanique là où la tuile ancienne ne faisait que reposer. Et les lignes sensibles — rives, faîtage, égout — sont scellées ou fixées une à une.

Et celui qu'on oublie le plus : l'écran de sous-toiture, dont la mise en œuvre relève depuis 2015 du NF DTU 40.29 (nouvel onglet). Sous un climat où la pluie est rare mais violente et arrive presque toujours poussée par le vent, l'eau ne tombe pas verticalement sur le toit : elle est projetée à l'horizontale, sous les tuiles. Un versant en parfait état peut laisser passer de l'eau dans ces conditions, sans qu'aucune tuile ne soit cassée. L'écran est la seconde barrière qui rattrape ce passage et le renvoie vers l'égout. Quand une infiltration apparaît malgré tout, nos réflexes d'urgence face à une fuite s'appliquent — et tous se pratiquent depuis le sol.

Faîtières, rives, chatières : les tuiles qu'on ne voit pas

Une couverture n'est jamais faite d'un seul modèle. Autour des tuiles de partie courante gravite une famille de tuiles accessoires, façonnées pour les points singuliers : les faîtières ferment la ligne de sommet, les tuiles de rive habillent les bords latéraux, les chatières ventilent la sous-face de la couverture, et la tuile à douille laisse passer un conduit à travers le toit. Chacune est un point faible potentiel : c'est là que l'eau et le vent cherchent l'entrée.

  • Tuiles faîtières — posées à cheval sur la ligne de faîte, scellées au mortier bâtard dans la pose traditionnelle, ou clipsées sur un closoir ventilé dans la pose à sec. La version ventilée laisse respirer la couverture sans laisser entrer la pluie.
  • Tuiles de rive — droites ou gauches, elles ferment le versant sur les pignons. Souvent débordantes en Provence, scellées, et toujours fixées individuellement : c'est la première ligne que le vent attaque.
  • Chatières — de petites tuiles à ouverture qui assurent la ventilation de la sous-face. Sans elles, l'humidité stagne sous la couverture et travaille la charpente.
  • Tuile à douille — une tuile percée d'une ouverture cylindrique (la douille), complétée d'une embase étanche adaptée au profil de la couverture. C'est la pièce par laquelle un conduit traverse le toit, et le sujet de la section suivante.

Un mot sur les closoirs ventilés et les écrans de sous-toiture, qui ne sont pas des tuiles mais font partie du même système : ce sont eux qui, sur une couverture moderne, remplacent le scellement au mortier en faîtage et compensent l'absence de joint entre tuiles. Ils se choisissent en cohérence avec la tuile, jamais indépendamment d'elle — un écran mal ventilé sous une tuile canal peut créer le problème d'humidité qu'il était censé résoudre.

Tuile à douille et sortie de VMC : le piège de la condensation

Voici le défaut de mise en œuvre que nous rencontrons le plus souvent en diagnostic, et il ne se voit pas depuis la rue : un conduit de VMC qui s'arrête sous la tuile au lieu d'être raccordé jusqu'à l'air libre à travers la tuile à douille. L'air extrait de la cuisine et de la salle de bains, chaud et chargé d'humidité, est alors rejeté dans les combles froids. Il s'y condense, mouille la charpente, les fixations métalliques et l'isolant. Le NF DTU 68.3 l'interdit explicitement : le rejet doit se faire vers l'extérieur du bâtiment, jamais dans les combles, un garage ou un vide sanitaire.

Pour mesurer ce qui se joue, il faut regarder les débits. Ce ne sont pas des ordres de grandeur mais des minimums réglementaires, fixés par l'arrêté du 24 mars 1982 relatif à l'aération des logements (nouvel onglet) : l'installation doit pouvoir les atteindre « dans les conditions climatiques moyennes d'hiver ».

Débit d'air à extraire en cuisine et salle de bains

Minimums selon le nombre de pièces principales — arrêté du 24 mars 1982

La cuisine porte l'essentiel du débit : 75 m³/h dans un logement d'une pièce principale, 135 m³/h à partir de cinq. La salle de bains passe de 15 à 30 m³/h dès trois pièces principales. C'est ce volume d'air chaud et humide qui doit ressortir à l'air libre par la toiture, jamais dans les combles.050100150m³/h751902105312041355 et +Nombre de pièces principales du logementCuisineSalle de bains ou de douches
Débits d'air extraits qu'une installation de ventilation doit pouvoir atteindre, « dans les conditions climatiques moyennes d'hiver ». Barres : cuisine. Ligne : salle de bains ou de douches (même unité, même axe). Source : arrêté du 24 mars 1982 relatif à l'aération des logements, article 3 — tableau recopié à l'identique, texte consulté le 06/08/2026. Ce sont des minimums réglementaires, pas des ordres de grandeur. Consulter les données (nouvel onglet)
Voir les données du graphique
Débits d'air extraits minimaux par pièce de service, arrêté du 24 mars 1982. Colonnes : nombre de pièces principales du logement.
Pièce de service12345 et plus
Cuisine75 m³/h90 m³/h105 m³/h120 m³/h135 m³/h
Salle de bains ou de douches, commune ou non avec un cabinet d'aisances15 m³/h15 m³/h30 m³/h30 m³/h30 m³/h
Autre salle d'eau15 m³/h15 m³/h15 m³/h15 m³/h15 m³/h
Cabinet d'aisances unique15 m³/h15 m³/h15 m³/h30 m³/h30 m³/h
Cabinet d'aisances multiple15 m³/h15 m³/h15 m³/h15 m³/h15 m³/h

Dans un T4, la cuisine seule doit pouvoir extraire 120 m³/h, et la salle de bains 30 de plus. C'est ce volume d'air, chargé de la vapeur des douches et de la cuisson, qui circule en permanence dans le conduit. Livré à l'air libre, il ne pose aucun problème. Déversé dans un comble non chauffé un matin de janvier, il se dépose en eau sur la première surface froide venue — et la première surface froide, c'est la charpente.

La règle des diamètres, et où doit se faire la réduction. Le NF DTU 68.3 impose, en maison individuelle, un rejet d'au moins 160 mm de diamètre, et exige que le diamètre du rejet et de sa gaine soit au moins égal à celui du piquage de rejet du groupe. Le 125 mm que l'on voit partout est le diamètre courant côté branches, entre le groupe et les bouches — pas au rejet. Conséquence pratique : si une réduction de 160 à 125 est nécessaire, elle se place sur les branches, jamais sur la sortie de toit. Le dernier tronçon et la tuile à douille restent en 160.

Deux exigences complètent le tableau, et ce sont celles qu'on retrouve derrière la plupart des sinistres de condensation. D'une part, tout conduit qui traverse un volume non chauffé doit être isolé — résistance thermique d'au moins 0,6 m².K/W —, sans quoi l'air se refroidit et condense à l'intérieur même du tube, qui finit par goutter. D'autre part, la sortie doit respecter des distances minimales par rapport aux baies ouvrantes et aux entrées d'air neuf, pour ne pas réaspirer l'air qu'on vient de rejeter.

Ce que cela donne sur le toit : une tuile à douille du bon profil (une douille pour tuile plate ne s'adapte pas à une canal), une embase étanche raccordée à l'écran de sous-toiture, un manchon isolé raccordé jusqu'à la sortie, et un chapeau pare-pluie avec grille anti-intrusion. Aucune de ces pièces n'est chère. C'est leur enchaînement qui compte, et c'est lui qui manque quand un comble se met à moisir sans qu'aucune tuile ne soit cassée.

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Changer de tuile en rénovation : ce qui est possible, ce qui ne l'est pas

La règle tient en une phrase : on ne mélange jamais deux familles de tuiles sur un même versant, et on ne change de famille qu'après avoir vérifié la pente. Chaque NF DTU fixe sa propre pente minimale, son propre recouvrement et son propre régime de fixation, calés sur la géométrie d'écoulement de ce profil-là. Mélanger deux familles, c'est sortir du domaine d'application de tous les DTU à la fois : plus aucun ne couvre l'ouvrage, donc plus rien ne garantit son étanchéité.

En pratique, la question qui nous est posée est presque toujours la même : « puis-je remplacer mes tuiles canal par autre chose ? » La réponse dépend d'abord de la pente de votre toit, et le graphique des pentes minimales, plus haut, y répond d'un coup d'œil. Un toit provençal à 30 % accepte la canal et l'emboîtement grand moule, y compris fortement galbé ; il n'acceptera jamais une tuile plate de terre cuite, qui en demanderait deux à quatre fois plus. Aucune astuce de pose ne rattrape cet écart — c'est la charpente entière qu'il faudrait relever.

Ce qu'un changement de famille de tuile implique, selon la pente du toit existant
SituationCe qui est possibleCe qu'il faut vérifier avant
Toit en canal, pente 24 à 35 %Réfection en canal, ou passage à une tuile à emboîtement (grand moule, éventuellement fortement galbée)Zone et situation du bâtiment, longueur des rampants, règles d'urbanisme locales
Toit en canal, passage à la tuile plateNon — la pente exigée est hors d'atteinteRien à vérifier : le NF DTU 40.23 exclut ces pentes
Toit en emboîtement, retour à la canalPossible si la pente et le support le permettentPente, état du support, poids au m² du modèle visé, aspect autorisé
Deux familles sur un même versantNon, dans tous les cas

Deuxième vérification, souvent négligée : le nombre de tuiles au m², donc le poids que reprend la charpente. Il varie énormément d'une famille à l'autre, et même d'un modèle à l'autre à l'intérieur d'une famille. Deux repères tirés de fiches fabricants, à titre d'illustration et non de norme : une tuile à emboîtement grand moule fortement galbée courante s'installe autour de 13 tuiles au m² pour environ 48 kg/m², quand une tuile plate 17 × 27 en réclame 59 à 65 au m². Le rapport de un à cinq n'est pas anodin pour une charpente ancienne. Ces valeurs se lisent sur la fiche technique du modèle retenu, jamais dans un tableau générique.

Troisième point, et c'est le seul qui puisse rendre le choix obligatoire plutôt que libre : l'urbanisme patrimonial. Dans les abords d'un monument historique et dans un site patrimonial remarquable, tout travail modifiant l'aspect extérieur est soumis à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France. Le périmètre est soit un périmètre délimité des abords, soit, à défaut, le champ de visibilité du monument dans un rayon de 500 m (service-public.gouv.fr (nouvel onglet)). L'accord peut être assorti de prescriptions : type de tuile, teinte, mode de pose. Le ministère de la Culture détaille la démarche pour réaliser des travaux en abords d'un monument historique (nouvel onglet) ; un refus fondé sur un avis défavorable de l'ABF s'attaque par un recours administratif préalable obligatoire devant le préfet de région, dont les modalités et délais figurent sur la fiche service-public.

Rénovation à l'identique : gardez vos tuiles. La Ville d'Arles est explicite dans sa fiche patrimoine : « Il est vivement recommandé de réemployer, lorsqu'elles existent encore et que leur résistance est satisfaisante, les tuiles canal anciennes. » La convention de pose est bien établie — les anciennes, patinées et donc très visibles, reviennent en couvert, les neuves prennent place en courant, sous elles. Si un complément est nécessaire, la fiche recommande des tuiles « de couleur paille ou paille rosé », et met en garde contre les tuiles « vieillies » par patine artificielle, dont l'aspect « faux ancien » ne s'améliore pas avec les années. Elle ajoute enfin que « le choix d'un type de tuile se fera après accord de l'Architecte des Bâtiments de France ».

C'est ce tri des tuiles au sol qui fait, chez nous, la différence entre un remaniement et une réfection — et une part notable du budget. Les fourchettes de prix et ce que change le taux de réemploi sont détaillées dans notre guide du prix d'une rénovation de toiture en tuile canal. Le diagnostic, lui, ne se fait jamais depuis la rue : nous montons, nous trions, puis nous chiffrons.

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Questions fréquentes

Quelle est la pente minimale pour une toiture en tuile canal ?

De 24 % à 35 % selon le NF DTU 40.22, le minimum exact dépendant de la zone climatique de concomitance vent/pluie et de la situation du bâtiment (protégée, normale ou exposée), pour des rampants de 12 m au plus. En Provence, les toits traditionnels se situent le plus souvent entre 27 et 33 %.

Peut-on remplacer des tuiles canal par des tuiles plates ?

Non, sauf à reprendre entièrement la charpente. Une tuile plate de terre cuite exige une pente de 70 à 125 % (NF DTU 40.23), quand un toit provençal en canal se situe autour de 30 %. En dessous du minimum, la couverture sort du domaine du DTU et l'étanchéité n'est plus garantie.

Tuile en terre cuite ou tuile en béton : laquelle choisir ?

Ce sont deux produits normés séparément — NF EN 1304 pour la terre cuite, NF EN 490 pour le béton — et régis par des DTU différents. En secteur patrimonial provençal, la question est souvent tranchée d'avance par les règles d'urbanisme et l'avis de l'architecte des Bâtiments de France. Hors de ces secteurs, comparez la pente admissible, le poids au m² annoncé sur la fiche du modèle et l'aspect obtenu, plutôt que les slogans commerciaux.

Qu'est-ce qu'une tuile à douille et à quoi sert-elle ?

C'est une tuile percée d'une ouverture cylindrique, complétée d'une embase étanche, qui permet à un conduit — le plus souvent le rejet d'une VMC — de traverser la couverture jusqu'à l'air libre. Elle doit correspondre au profil de tuile posé et être raccordée jusqu'au bout : un conduit qui s'arrête sous la tuile rejette l'air humide dans les combles, ce que le NF DTU 68.3 interdit.

Ma VMC doit-elle sortir en 125 ou en 160 mm ?

Le rejet en toiture se fait en 160 mm au minimum en maison individuelle, selon le NF DTU 68.3, avec un diamètre au moins égal à celui du piquage de rejet du groupe. Le 125 mm est le diamètre courant côté branches. Une réduction de 160 à 125 se place donc toujours en amont, jamais sur la sortie de toit.